Un peu d'hitoire
Cette histoire de squash, je l’ai réalisée en trois mois suite à une séparation douloureuse.
20 ans de ma vie se tournaient d’un coup. Les premières semaines, j’étais dans un appart non chauffé et il a fait froid, même à Montpellier, l’hiver 2006. Je ne voyais pratiquement personne de la journée. Je passais mes jours et mes nuits à dessiner. Cela faisait aussi 20 ans que cela ne m’était pas arrivé. J’avais quitté mon boulot pour trouble du sommeil. Je ne répondais pas au téléphone. Au bout d’un moment, mes collègues avaient compris. Ils ne cherchaient plus à me joindre. Mes contacts avec le monde extérieur se limitaient à quelques monologues stériles avec un psy, des discussions banales avec des voisins de paliers ou des parents d’élèves des écoles de mes enfants. Je passais donc beaucoup de temps avec Lewis sur le papier et de temps en temps sur le court. La réalité n’avait rien à voir avec le papier mais il y avait quelques points communs. Sur le court, je jouais avec un personnage réel que je connaissais bien mieux comme personnage de papier. Et sur le papier, je jouais avec deux personnages qui n’avaient pas grand chose à voir avec la réalité. Lewis me donnait de temps en temps quelques conseils incisifs quand j’osais lui montrer quelque chose entre deux matchs.
Tout comme lui, je suis bien sûr assez insatisfait du résultat final de cette BD. Il y a plein de défauts techniques mais j’y ai mis beaucoup de moi et pratiquement 3 mois de ma vie. Je la revendique complétement. Je ne crois pas que cela m’ait servi de thérapeutie. Simplement, je n’arrivais pas à faire autre chose. Et pendant ces trois mois, j’étais persuadé que j’allais enfin faire le saut vers la BD. Chose que j’ai toujours voulu faire sans doute depuis l’âge de 14 ans et que je n’ai jamais osé faire. Je m’étais fixé comme contrainte (y a encore du Lewis la dessous) de réaliser 100 pages sur une balle de match de squash. Je suis arrivé à 101. Au mot FIN, j’ai compris que je n’étais pas assez costaud pour faire cela à temps plein. Pas au niveau technique, ça je le sais depuis toujours, sans travail on arrive à rien mais par contre en s’y mettant vraiment rien n’est impossible. Non, je pense que je n’étais pas assez costaud psychologiquement et que m’enfermer devant une table à dessin toute la journée était le meilleur moyen de replonger dans la dépression. Et comme rien n’est laissé au hasard, c’est à ce moment là que Lewis a publié son essai. J’ai compris que je devais reprendre mon boulot. J’avais besoin de ce boulot qui me fait courir, voir du monde, voyager… exister quelque part. Ce boulot que je pensais responsable de notre séparation me devenait vital maintenant que je me retrouvais seul. J’ai donc repris un boulot de cadre dynamique sur-boocké (je n’ose plus dire jeune cadre dynamique). Le hasard, encore lui celui qui n’existe pas, a voulu que je m’installe à 50 m de chez Pascal qui m’avait initié 20 ans plus tôt au fanzinat. Le hasard, vraiment il exagère celui-là, a voulu que je continue à jouer au squash avec Lewis qui avait habité dans ma rue. Le hasard… Oui, il y a encore plein de hasards troublants que je garde pour un autre soir. Tout ça pour dire que, par crise, je me remets à faire de la BD avec plein de projets et que je vais me retrouver 5 ou 6 ans après la mort de Fun en Bulles sur un stand à Angoulême… Soit pour boucler la boucle soit pour une nouvelle aventure...